Soutenir l’artisanat en développant le parc locatif abordable de la Ville de Luxembourg.
Dans sa Note de Conjoncture, présentée le 5 décembre dernier, le STATEC parle d’un « net refroidissement sur les prix des logements »[1]. A priori, après des années d’explosion des prix, on serait tenté de se réjouir de cette nouvelle. Malheureusement elle va de pair avec le risque d’entraîner une baisse des investissements privés dans de nouveaux projets de construction, aggravant, à moyen terme, la crise du logement au Luxembourg.
Ne serait-ce pas le moment idoine pour un acteur public, comme la Ville de Luxembourg, qui se trouve à l’épicentre de cette crise du logement avec les prix les plus élevés du marché grand-ducal, d’investir massivement pour d’une part soutenir l’activité de construction et d’autre part se constituer un parc locatif abordable digne de ce nom ?
Le STATEC note effectivement que « différents facteurs – hausse des taux, hausse des coûts de construction supérieure à celle des prix de vente – sont susceptibles de peser sur les investissements immobiliers »[2]. Lors de la présentation à la presse, il soulignait qu’il y avait « moins de projets de construction » en montrant que les autorisations à bâtir pour la construction résidentielle à la fin du premier semestre 2022 se situaient au niveau (en volume à bâtir) le plus bas depuis près de 10 ans. En conséquence, la confiance des entreprises de construction est également dans les chaussettes et se trouve actuellement à un niveau comparable à celui d’automne 2020, où nous nous trouvions en pleine crise Covid-19.
Les acteurs du secteur se plaignent que les ventes en état futur d’achèvement (VEFA) se sont écroulées, car, avec des prix de vente souvent indexés à l’indice des prix et des taux d’intérêt qui ont fortement augmenté, de nombreux intéressés se voient refuser leurs prêts à la banque. Sans préfinancement, les projets sont abandonnés ou remis à plus tard.
Le 15 décembre, Romain Schmit, Secrétaire général de la Fédération des Artisans s’en inquiète sur RTL et répète ce qui avait été annoncé lors de l’assemblée générale de sa fédération le 22 novembre : « Le secteur estime que, rien que pour l’année 2023 la production diminuera de 1.500 unités en passant de 3.500 à 2.000 logements achevés ». Les carnets de commande des artisans du bâtiment sont encore bien remplis, mais, d’ici l’été 2023, le secteur risque d’être durement touché. Ici aussi, le moral est au plus bas avec « presque sept entreprises sur 10 [qui] déclarent se trouver dans une situation de crise »[3].
Le calcul est assez simple : si ces 1.500 logements ne sont pas construits, ils manqueront !
En effet, les acteurs du secteur de la construction ne pourront pas simplement construire ces logements en plus lorsque la situation se sera améliorée. Ils n’auraient déjà aujourd’hui ni les capacités ni la main d’œuvre afin de construire 1.500 logements supplémentaires par an.
Après une crise où certains acteurs risquent de disparaître et un certain nombre de travailleurs risquent de repartir dans leur pays d’origine faute de travail au Luxembourg ou de s’orienter vers d’autres domaines d’activités moins pénibles – un phénomène observé dans le secteur HORESCA après la crise du Covid-19 – il est fort à craindre que les acteurs du secteur de la construction en soient d’autant moins capables.
Et si, faute d’investisseurs privés, un investisseur public entrait dans la brèche ?
Nous sommes en période de bouclage budgétaire dans la bonne Ville de Luxembourg. Comme chaque année, le budget prévoit une trentaine de millions d’euros d’investissement dans de l’immobilier pour créer des logements, en particulier sociaux et à prix abordable. Ce n’est pas beaucoup si l’ambition politique est de créer un parc locatif abordable conséquent. Certes, contrairement aux règles régissant le budget de l’Etat, le Conseil communal peut voter un investissement dépassant le cadre budgétaire à tout moment, si l’occasion se présente. Mais le parc immobilier locatif de la Ville de Luxembourg reste riquiqui avec 738 logements (si l’on ne compte pas les chambres meublées). Le Collège échevinal se vantera d’une augmentation de 50 % au cours de la législature (au début de la législature, la Ville de Luxembourg était propriétaire d’environ 550 logements). Une belle trentaine de logements supplémentaire par an, quelle belle réussite !
La Ville de Luxembourg serait un acteur idéal, disposant surtout des moyens financiers pour intervenir. Elle possède des réserves budgétaires de – tenez-vous bien ! – 1,1 milliards d’Euros. Un investissement massif serait possible, surtout si des projets immobiliers sont en attente d’être exécutés. Dans une telle situation la Ville de Luxembourg se trouve même dans une position de force afin de négocier les prix. Elle a, dans la situation actuelle, une opportunité unique de se constituer rapidement un parc locatif abordable à un prix d’acquisition acceptable et ceci tout en soutenant l’artisanat.
Les projets sont là, les sous sont là, on recherche la volonté politique !
Luc DECKER, Président des Stater Sozialisten ;
Tom KRIEPS, Conseiller communal à la Ville de Luxembourg et
Max LENERS, Membre du Comité directeur de la LSAP.
[1] Voir aussi : Powerpoint STATEC, Note de conjoncture 2-22, Conférence de presse, 5 décembre 2022, p. 7.
[2] STATEC, Note de conjoncture N°2-2022 – La situation économique au Luxembourg : Évolution récente et perspectives, p. 21.
[3] Fédération des artisans, La réalité d’une crise dans la construction qui se dessine clairement à l’horizon et les moyens de l’éviter.